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Entre deux eaux....
vendredi 10 février 2012, par
L’expression « p’tits cons » est polysémique : elle peut exprimer de la méchanceté ou peut être employée pour rire. Cela dépend du contexte, de l’émetteur et du ton utilisé. (Benjamin, Théo) .
Par exemple, s’il s’agit d’une dispute et que l’émetteur est un adulte inspirant crainte et autorité, l’expression est péjorative. L’effet est différent s’il s’agit d’une personne de notre âge. Cette expression peut devenir amicale voire affectueuse selon la proximité et la relation qui unit les deux personnes (Marine et Jade).
Cette formule « p’tits cons » fait écho à notre propre adolescence parce que nous sommes dans cette période où nous changeons, nous désirons passer le cap de l’enfance et sommes nous-mêmes des « p’tits cons » (Dylan, Alexis, Thomas)
En ce qui concerne l’expression employée dans le roman, elle fait référence à un groupe de « bad boys » qui a élu domicile dans un lieu, la Corniche. Cette expression révèle l’immaturité des personnages, car ils commettent des actes imprudents (sauter de la Corniche) ou illégaux.
(Lucie, Mélanie, Louis, Malo).
On peut imaginer que l’émetteur de cette expression est une personne qui observe les adolescents. On considère que la limite à ne pas dépasser est la Corniche et en la franchissant les adolescents provoquent les adultes et la loi. Ils cherchent des sensations fortes, sont inconscients car ils peuvent se rompre les os. (Adrien, Enzo, Thibault).
La Corniche est donc un symbole pour les adolescents. La Corniche représente l’adolescence car elle fait réfléchir aux notions de « lisière », « seuil », « bordure ». La ligne qui sépare la terre et la mer représente la frontière qui sépare l’enfance de l’âge adulte. (Jade et Marine)
Ce lieu nous fait aussi penser à l’adolescence car les adolescents veulent aller toujours plus haut pour montrer qu’ils sont grands et puissants. De plus, les adolescents aiment être en danger, avoir peur, enfreindre les lois, pour prouver qu’ils n’ont peur de rien (Ophélie, Margaux, Manon, Mélaine, Marine)
La Corniche est baignée par la mer : le mouvement des vagues vers la terre peut signifier l’expulsion vers un monde adulte. La plage où se retrouvent les jeunes est entre la Corniche et la mer et symbolise l’adolescence tiraillée entre l’enfance (la mer, fluide, dans laquelle on pénètre facilement) et l’âge adulte (la Corniche, terre dure, escarpée de laquelle on peut tomber et s’écraser)
(Malo et Louis)
Messages
1. Entre deux eaux...., 3 mars 2012, 12:09, par Maylis De Kerangal
Bonjour,
Je suis tellement épatée par ce que je lis que je me demande ce que je pourrais ajouter ! Vous avez bien vu (Benjamin, Théo, Marine et Jade) ce que l’expression "p’tits cons " avait de polysémique, qu’elle se chargeait d’un sens différent selon qui l’employait et comment. De même, vous avez vu en quoi elle concernait l’adolescence (Dylan, Alexis, Thomas) ne serait-ce, d’ailleurs, que parce que jamais on n’emploierait à propos d’un groupe d’enfants ou d’une bande d’adultes.
Mais on peut creuse encore. Si je vous ai demandé de réagir sur cette expression c’est parce que, au moment de sa parution, elle était systématiquement reprise par les articles de presse concernant ce livre. Sur le coup, je n’y pas fait trop attention et puis je me suis demandée si cette formule ne concentrait pas quelque chose de fort sur le livre, n’exprimait pas quelque chose de son style, de son écriture. Or, je crois que cette expression dit quelque chose de la place de l’oralité dans ce roman. Non qu’elle envahisse tout — j’aurais été bien incapable d’écrire un roman entier sur ce registre, et par ailleurs cela ne m’intéresse pas de singer la langue des "djeuns", trop artificiel et démagogique. Mais elle révèle un parti pris littéraire qui inclut le registre oral dans l’écriture. "P’tits" cons est écrit comme il est dit, comme on l’entend, sifflé entre ses dents par un habitant de la Corniche, furieux. L’oralité permet d’entendre le texte comme il sonne, elle fait apparaître les voix du texte, elle donne de la voix au texte.
Ce parti pris de l’oralité correspond à une recherche : comment écrire sur le réel, comment l’approcher au plus près ? ici, cette recherche conduit à l’élaboration d’une écriture composite, une forme d’alliage, impur, exactement comme l’est la réalité elle-même. C’est pourquoi l’écriture de Corniche Kennedy mélange des registres différents, de la poésie, du lyrisme, de la trivialité, du banal, de la grossièreté. À l’image de la vie, car il s’agit bien ici de capter la vie, le mouvement de la vie. Enfin, l’oralité est essentielle pour moi car elle est affaire de corps : c’est une voix, donc c’est une respiration, une vibration. La voix n’est pas autre chose que du corps. Elle permet d’incarner le texte, d’incarner les personnages.
La Corniche est bien un symbole (Jade et Marine, Malo et Louis) . C’est le mot juste pour la définir et vous analyser très bien en quoi elle est affaire de limites, de lisière, car l’adolescence est une période de mouvement où tout se déplace, où les seuils bougent justement. Plus encore , vous parlez de tiraillement : la corniche symbole d’une adolescence tiraillée entre l’enfance et l’âge adulte. C’est excactement cela et j’aime que vous employiez ce mot : tiraillement. Ici, ca tiraille de tous côtés, dans des sens contraires, c’est inconfortable, et le meilleur exemple de ce tiraillement est peut-être le commissaire Opéra lui-même. C’est précisement ce tiraillement qui est la tension au récit.
Mais ce qui m’intéresse encore plus, c’est la notion de danger que vous faîtes apparaître (Ophélie, Margaux, Manon, Mélaine, Marine). Elle est fondamentale ici. C’est la prise de risque physique, c’est la façon de mettre son corps en jeu, sa vie en jeu, c’est un geste de défi, de transgression par rapport aux lois de la société. Le danger induit la peur, un rapport à l’inconnu,un rapport à la mort aussi. Et cette notion d’adrénaline qui est peut-être la quête de tous ces jeunes : vivre plus fort, aller plus loin, être libre. Plus encore le danger conduit à la notion de dépassement de soi ou comment on devient un héros — et même un héros de roman. Si les plongeons depuis le Cap n’étaient pas dangereux, il n’y aurait tout simplement pas de roman.
Je vous retrouve mardi prochain.
je vous parlerai aussi du livre que je publie en ce moment, Tangente vers l’Est, encore une histoire de liberté à trouver et d’espaces particuliers.
Maylis
2. orthographe et coquille, 3 mars 2012, 12:13, par Maylis De Kerangal
oh lala je fais des fautes et au moment de publier j’en vois une assez grossière :
La Corniche est bien un symbole (Jade et Marine, Malo et Louis) . C’est le mot juste pour la définir et vous analyseZ très bien en quoi elle est affaire de limites, de lisière, car l’adolescence est une période de mouvement où tout se déplace, où les seuils bougent justement...